Gyumri Street Views, 2018
Graphite sur papier, 65x50cm chacun.
Project Description

Le pont qui surplombe la dépression géographique était pratique, long et ennuyeux.  Le deuxième matin j’ai donc traversé le quartier en contre-bas dans les petites rues labyrinthiques, de maisons inachevées, bricolées sur la base de containers tous identiques parfois encore visibles. On s’y sent bien. Le deuxième matin j’ai emmené S. qui elle aussi s’y sentait bien.

Sans naïveté aucune, nous comprenions bien que vivre là, ça demande une sacré énergie. Et l’hiver devait être autrement plus rude. Mais on s’y sentait bien, là, comme contenu. C’était difficile à faire entendre pour les locaux qui étaient partis dans un geste de survie et qui n’y avaient pas remis les pieds depuis. Nous y voyions ce qui nous manque chez nous : toucher le sol, toucher les murs. A notre retour S. et moi avons eu un coup de froid.

Quelques années plus tard dans mes archives de photos, je retrouve quelques images pauvres qui ne disent rien de la douce lenteur des lieux, alors j’en ai fait de lents dessins qui soignent les murs de parpaing, les tôles ondulées, les gravas, les rideaux à motifs, le motif des grillages, la courbure des câbles, les verticalité des poteaux, l’horizontalité de toits, et les ombres portées.

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La série Guymri Street Views a été sélectionnée parmi les finalistes du prix du dessin David Weill 2018.